Dixième cri : Racisme - Mardi 9 juin, 18h, place de la République


Manifestation de SOS Racisme, le 7 avril 1993 à Paris - Photo : Jean-Michel Turpin

Qui eut cru que, en ce début de troisième millénaire, nous parlerions encore de racisme ! Adam et Ève étaient-ils blancs ou noirs ? Et Abraham, qui a découvert le Dieu Un pour qui tout individu, blanc, noir, rouge, cuivré, grand ou petit, a été conçu à son image ?

Si je parle de la Bible aujourd’hui, c’est parce que, le 1er  juin dernier, le président des États-Unis Donald Trump a osé la brandir au nez des médias internationaux et des manifestants antiracistes rassemblés pour contester l’assassinat de George Floyd par un policier de Minneapolis. Si seulement il l’avait ouverte ! Si seulement il l’avait lue ! Les pages concernant Moïse, notamment, dont le législateur des États-Unis d’Amérique, Abraham Lincoln, se réclamait !

Je résume ce passage de la Bible pour ceux qui ne le connaissent pas. Après avoir tué un contremaître égyptien qui torturait un vieil esclave hébreu près d’une pyramide, Moïse s’enfuit dans le désert. Il y est secouru par une tribu madianite, noire, kouchit en hébreu, dirigée par le prêtre Jethro. Moïse tombe amoureux de l’une de ses filles : Tsippora. Ils se marient et ont deux enfants, deux fils : Gershom et Éliézer. Tous deux, j’imagine, métisses.

Quarante ans plus tard, appelé par Dieu, Moïse retourne en Égypte où il dirige la première révolte des esclaves de l’Histoire. Les hébreux délivrés se retrouvent à leur tour dans le désert. Ils sont des centaines de milliers. Peut-être même, comme dans le film Les Dix Commandements (1956) de Cecil B.  DeMille, des millions. Il faut les organiser. Moïse grimpe sur le mont Horeb pour graver dans la pierre les premières règles qui feront de cette foule un peuple. Toutefois, en descendant quarante jours plus tard les Dix Commandements dans les bras, il retrouve ces anciens esclaves en train de danser comme des fous autour d’un veau d’or. Difficile, difficile liberté !

Imaginons la colère du libérateur ! Furieux, il brise les Tables de la Loi (qu’il gravera de nouveau plus tard). Mais le plus dur l’attend sous la tente dressée à l’écart de l’immense ville-campement et réservée à sa famille. Ses proches, réunis autour de sa femme, Tsippora la Noire, sont en pleine dispute. Myriam (Marie), la sœur aînée de Moïse, ne supporte pas qu’une étrangère, noire de surcroît, se mêle des affaires de son frère. Et Aaron, leur frère, la soutient. L’offense faite à sa femme bouleverse Moïse. Ne met-elle d’ailleurs pas en cause Dieu lui-même, le Créateur de l’Univers ? La discussion s’envenime. Alors Dieu intervient. Rares, très rares sont ses interventions personnelles. C’est qu’il en va des relations futures entre ces hommes et ces femmes qu’Il a aidé à se libérer.

Pour ses propos hostiles à l’encontre d’une personne dont la couleur de la peau était différente de la sienne, Myriam sera punie : elle attrape la lèpre. Mais si Moïse trouve le péché du racisme grave, il ne souhaite pas pour autant la mort de sa sœur. Il prie Dieu de la guérir. L’Éternel lui répond : « Si son père lui avait craché au visage, ne serait-elle pas couverte de honte pendant sept jours ? » (Nombres, 12, 14). Ulcérée, Myriam reste donc blanche pendant sept jours, afin que tout le peuple la voit ainsi diminuée et comprenne l’effet pervers du racisme.

Pour Corneille, « l’exemple touche plus que ne fait la menace » (Polyeucte, 1641). C’est la raison pour laquelle nous nous retrouverons tous, à l’appel de SOS Racisme, ce mardi 9 juin à 18h jour des obsèques de George Floyd place de la République à Paris. Et nous poserons un genou à terre, non, comme le prétendent certains vicieux, pour le plaisir de nous agenouiller devant les Africains, mais pour manifester notre solidarité avec un homme étouffé sous le genou d’un autre homme, parce que noir. Geste que des millions et des millions d’individus accompliront simultanément à travers le monde et qui marquera, mieux que tous les discours, notre attachement à l’ensemble des hommes et des femmes qui peuplent l’Univers et que nous appelons l’Humanité.

Commentaires

Articles les plus consultés