Quatrième cri : Où allons-nous, mes amis ?

Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830, peinture à l'huile sur toile, 260 x 325 cm

Quo Vadis Domine ? Où vas-tu, Seigneur ?, demande Jésus à Pierre qu’il rencontre près de Rome. Question essentielle. Où allons-nous, mes amis ? Y a-t-il quelqu’un pour nous suggérer un autre chemin que celui que nous empruntions avant le confinement ? Y a-t-il quelqu’un pour nous proposer un rêve, comme l’a fait Martin Luther King en ce 28 août de l’année 1963.

De quoi rêvent aujourd’hui la plupart de nos concitoyens ? Reprendre la vie d’avant. Comme s’il n’y en avait aucune alternative à notre disposition. Même Yuval Noah Harari, l’auteur de Sapiens que j’aime beaucoup, nous incite, dans un papier paru dans L’Obs le 26/04/2020, à accepter notre finitude. Est-ce là un projet ? Notre peur devant le coronavirus, qui n’a pas tué plus d’hommes et de femmes que d’autres pandémies par le passé, vient, selon lui, de la foi que nous avions en l’omnipotence de la science et qui s’est substituée à celle que nos ancêtres vouaient à Dieu. Juste. Et alors ?

Après le confinement, reprendrons-nous nos débats interrompus par l’épidémie comme si de rien n’était ?

« Notre virus prospère là où la coprésence est marquée et l’interaction sociale intense », affirme le géographe Michel Lussault. Déjà les écologistes, prétextant les méfaits de l’urbanisation sans borne, réclament plus d’espaces verts. Bravo ! Je suis pour. Mais est-ce l’unique leçon qu’ils tirent de la période que nous sommes en train de vivre ? Est-ce vraiment le manque d’espaces verts qui a favorisé la propagation du virus ? Harari, lui, propose de changer notre rapport à la technologie, ce qui, selon moi, n’est pas une solution non plus. D’ailleurs, nous savons avec raison nous montrer satisfaits quand elle prolonge notre espérance de vie. De même quand elle participe au développement des moyens de communication. Mais, tout comme l’éventuelle colonisation de la Lune convoitée par les Américains, ce sont là des préoccupations d’ordre technique. Que nous vivions trente-cinq ans ainsi que nos arrière-grands-parents, ou cent vingt comme Moïse, la question demeure : quel sens donner au temps qui nous est réservé ? Quel rêve partager avec nos enfants ?

Depuis les Lumières, la France n’a pas manqué d’hommes qui ont tenté de proposer au monde un nouveau contrat social, meilleur que les précédents, d’autres perspectives, d’autres horizons. De la Révolution française à Mai 1968, le peuple français a démontré qu’il était avide d’un rêve collectif. Et ce n’est pas parce qu’il n’a pas réussi à le réaliser que ce rêve n’a pas nourri et développé l’imaginaire des générations.

Or, soudain, l’horizon s’est obscurci. Plus de rêve. Personne capable de dessiner le mouton que réclame le Petit Prince.

« Quand il n’y a pas de vision, nous disent les Proverbes (29,18), le peuple est sans frein ». Prenons garde. Pour l’instant, nous sommes encore devant notre fenêtre, à applaudir chaque soir ceux qui se dévouent pour sauver des vies dans nos hôpitaux et cliniques. Demain, nous serons dans la rue. Et le désespoir ne vient pas, contrairement à ce que l’on croit, du manque de pain, mais de l’espoir d’en avoir.

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