Neuvième cri : La paix déménage


Inauguration du Mur pour la Paix sur le Champ de Mars, Paris, 30 mars 2000
De gauche à droite : Jean-Michel Wilmotte, Clara Halter, Jacques Chirac, Marek Halter,
Jean Tiberi, Pierre Bergé et Christine Albanel

Quand, il y a vingt ans, Jacques Chirac, alors président de la République, cherchait un acte emblématique pour marquer le passage du troisième millénaire, mon épouse l’artiste
Clara Halter lui a proposé la paix. « Il y a des menaces de paix, mais nous ne sommes pas prêts », dit-elle en citant Tristan Bernard, déporté à Drancy. Le Président a relevé le défi et c’est ainsi qu’est né le Mur pour la Paix, œuvre conçue par Clara et mise en espace par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Le monument, pavillon de verre, d’inox et de bois constitué de deux magistrales ailes transparentes gravées du mot paix en trente-deux langues (et seize alphabets) et d’autant de colonnes sérigraphiées, pensé in situ, fut inauguré au printemps 2000 par Jacques Chirac lui-même sur un site parisien plus que symbolique : l’esplanade du Champ de Mars, au pied de l’École militaire et face à la tour Eiffel. 

Régulièrement tagué, souillé d’appels racistes et antisémites, plusieurs fois victime d’actes de vandalisme, rares sont les monuments qui ont suscité autant de controverses et de débats. Comme si notre pays, qui s’est enorgueilli de compter le plus grand nombre de monuments aux morts, ne pouvait supporter le seul dédié à la paix dans le monde. Pourtant, le Mur pour la Paix a été restauré grâce à l’aide de nombreux donateurs publics et privés toujours prêts à le soutenir. Il est devenu, au fil des ans, le lieu de rassemblement de toutes les organisations humanitaires qui militent pour la paix et la défense des droits de l’homme.

Flash mob organisée par SOS Villages d'Enfants devant le Mur pour la Paix à Paris


Et voilà que Twitter me rappelle à l’ordre. Je reçois, par notification, les photos d’une dizaine d’ouvriers en train de démonter l’œuvre. Des grues, des camions élévateurs. Un crève-cœur. La paix serait-elle morte, elle aussi, contaminée par le coronavirus ? Non, en réalité, le monument est en voie d’être déplacé. 


Démontage du Mur pour la Paix, Paris, 28 mai 2020 - © C. Todié, DR

Car, à l’approche des Jeux olympiques 2024, nos institutions ont décidé que le musée éphémère devant accueillir les visiteurs du Grand Palais pendant les travaux de restauration prévus en 2021, et plusieurs événements sportifs, occupera un tiers du champ de Mars. Une édification qui risquait d’écraser le Mur pour la Paix. Il a fallu trancher. Aussi, vingt ans après son inauguration, le monument de Clara Halter et de Jean-Michel Wilmotte — dont les images ornent les profiles sociaux de milliers d’internautes et figurent dans de nombreuses publications — va changer de « look » et de domicile. On le retrouvera bientôt sur un autre site parisien. L’avantage : le Mur pour la Paix deviendra enfin un monument pérenne protégé tant par l’État que par la Ville.

J’ai donc consenti à ce « déménagement » et à la transformation formelle du Mur pour la Paix peu après le décès de Clara, et, je l’espère, en accord avec ses vœux. Bien que je reste persuadé que le site évocateur du champ de Mars, et sa conjonction avec la tour Eiffel — édifiée à titre provisoire dans le cadre de l’exposition universelle de 1889 —, soit l’emplacement idéal pour son monument. Une photo parue sur une demi-page dans le New York Times illustre parfaitement cette conviction. On y voit un couple de Coréens pointer la tour Eiffel à travers le mot 평화 (pyeonghwa, paix dans leur langue) gravé dans le verre.

Le Mur pour la Paix 2.0 sera inauguré à l’automne 2020, pour le troisième anniversaire de la mort de Clara, cette femme qui a dédié sa vie à la réconciliation entre les Hommes, en répétant, sans fin et dans toutes les langues, un unique mot : paix. Une occasion, je l’espère, pour notre Président, de lancer à la face du monde un « Je vous déclare la paix ! ».

Commentaires

Articles les plus consultés